5 nov. 2008

Toxicomanie: l'ALP débordée

Un éducateur de l'ALP (à gauche) lors de sa tournée.

Un matin comme les autres place de Hautefort. Un petit groupe de dealers fait son commerce sans grande discrétion. Ils sont toujours au même endroit. Devant le Norma, à deux pas de la mairie de quartier et de la bibliothèque municipale du Neuhof. À deux cents mètres de là, de la terrasse de l’Association locale de prévention (ALP), les éducateurs de rue assistent au manège. « Il y a jusqu'à soixante personnes, consommateurs et dealers, qui passent tous les jours sur cette place », confie Michel Hamm, chef de service au sein de l'association. Au point que l'association travaille aujourd'hui sur un projet de centre d’accueil pour toxicomanes.

Certes, les éducateurs spécialisés de l’ALP vont déjà à leur rencontre et les accueillent dans leurs locaux. Au 89 avenue du Neuhof, les personnes dépendantes parlent de leurs problèmes, trouvent un soutien. Après un bilan de leur situation, elles peuvent être orientées vers des psychologues, d’autres associations ou des centres de désintoxication. Les éducateurs leur proposent aussi de récupérer les seringues ou pailles usagées et leur en fournissent des neuves pour limiter les risques de contamination. Les toxicomanes peuvent aussi se doucher, se raser, boire un café ou demander un coup de main pour remplir des formulaires administratifs.

Prise en charge chronophage

“Ces actions relèvent des compétences d’autres structures, médicales ou autres, explique Michel Hamm. Nous avons beaucoup de domaines d’actions, nous ne pouvons pas nous spécialiser à ce point dans la prévention de la toxicomanie. D’autant qu’à la base, notre population cible, ce sont les 10/25 ans. Nous sommes en porte-à-faux.” Et cette prise en charge chronophage dépasse les attributions de l’association, centrée sur les missions d’éducation de rue.

L’ALP intervient également dans des domaines variés comme la santé, le logement ou le surendettement. « Il y a des mères de familles qui viennent, des gens de tous âges, de tous horizons », commente Stéphane, 34 ans, qui a sollicité plusieurs fois l’ALP pour faire une demande de logement. « Ils s’occupent de tous les petits problèmes de la vie », ajoute Céline, 24 ans, venue trouver un moyen de régler ses dettes. Les éducateurs s’occupent même des querelles de voisinage repérées lors des tournées quotidiennes au cœur du quartier. Ils montent enfin des projets comme la mise en place de groupes de paroles, la formation de médiateurs dans un collège, ou la création d’un collectif d’habitants.

Un projet à finaliser

Pour aller plus loin, les éducateurs souhaitent désormais l’ouverture d’un centre où les personnes accueillies pourraient se laver, procéder à un échange de seringues, nettoyer leurs vêtements, se nourrir etc. « Le but est de les rendre autonomes pour leur permettre de raccrocher », développe Michel Hamm. Dans ce centre, qui pourrait prendre la forme d’un dispensaire, des éducateurs travailleraient avec d’autres professionnels (médecins, psychologues ou avocats), en partenariat avec les associations de prévention comme l’ALP ou la JEEP (Jeunes équipes d’éducation populaire).

La rédaction du texte doit encore être finalisée, avant d'être présenté à la mairie de Strasbourg, où une rencontre devrait avoir lieu début décembre. “Nous ne prétendons pas que nous avons la solution ni même une vision très objective, mais c’est notre rôle d’essayer de répondre aux problèmes que nous constatons”, explique le chef de service de l’association.

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